Les contrefaçons de médicaments sont un fléau pour les pays en voie de développement. Avec Internet, ces produits gagnent les pays industrialisés, où ils mettent aussi en danger la santé des patients. La France est-elle réellement protégée contre ce trafic en augmentation ? La vigilance s'impose.

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          L’Europe lutte contre le trafic de médicaments          

                             

La Commission européenne a vu ses pires craintes confirmées. "Le nombre de médicaments contrefaits qui atterrissent en Europe auprès des patients ne cesse d'augmenter", s'est inquiété début décembre 2009 le commissaire à l'Industrie, Günter Verheugen, dans le quotidien allemand Die Welt.

"En seulement deux mois, l'Union européenne a saisi 34 millions de faux comprimés" dans l'ensemble des pays membres. Les douaniers ont mis la main sur un large répertoire de spécialités pharmaceutiques : antibiotiques, traitements anticancéreux, médicaments antimalaria, antalgiques, comprimés contre les troubles de l'érection…

La contrefaçon a été longtemps cachée par les laboratoires pharmaceutiques, de peur de ternir leur image. Mais ils se mettent désormais en ordre de bataille pour protéger leurs intérêts. "La propriété intellectuelle et la protection des marchés sont au cœur du débat", explique la revue Prescrire dans son dossier d'avril 2009.

          10 % du marché mondial          

                             

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les contrefaçons représentent 10 % du marché mondial du médicament, soit l'équivalent de 45 milliards de dollars. Leur provenance : l'Asie du Sud-Est. Plus de 70 % des produits contrefaits viennent en effet de Chine et d'Inde, d'après le Pharmaceutical Security Institute. Cette organisation, qui s'oppose aux contrefacteurs, regroupe actuellement vingt-six laboratoires pharmaceutiques.

Ces produits transitent ensuite via de nombreux pays, histoire de brouiller les pistes. "Il y a des plaques tournantes en Europe centrale et des points de passage un peu partout dans le monde", précise Jean-Luc Delmas, membre du bureau du Conseil national de l'ordre des pharmaciens. Quant aux contrefacteurs, "ils ne connaissent rien à la médecine, ils regardent juste ce qui est facile à fabriquer et ce qui fait du chiffre", remarque Christine Huber, coordinatrice de la lutte anticontrefaçon chez Sanofi-Aventis.

Ces contrefaçons sont pour beaucoup destinées aux pays pauvres
, notamment l'Afrique, où les besoins en médicaments ne sont pas couverts. "La contrefaçon peut y atteindre 50 ou 60 % du marché", constate Stéphane Lange, chef de veille sanitaire à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

          Quelle différence entre un médicament contrefait et un faux médicament ?          

                             

Un médicament contrefait, selon la définition de l'OMS de 1992, est "étiqueté frauduleusement de manière délibérée pour en dissimuler la nature et/ou la source". Dans le meilleur des cas, il peut contenir le bon principe actif dans les bonnes proportions. Il porte alors seulement atteinte à la propriété intellectuelle du laboratoire.

Mais un faux médicament peut mettre en danger la santé du consommateur : le principe actif peut être surdosé, sous-dosé, voire inexistant. Certaines contrefaçons renferment également des substances toxiques. En 1995, en Haïti, des sirops contre la toux avaient été dilués dans un solvant toxique. Conséquence : 88 enfants ont trouvé la mort. Selon une étude parue en 2001 dans The Lancet, 38 % des antipaludéens vendus en Asie du Sud-Est ne contiennent pas la moindre trace de principe actif.

          Attention aux contrefaçons          

                             

Les trafiquants réussissent également à s'infiltrer dans les pays riches, notamment avec des produits dits "de confort" : médicaments pour stimuler la fonction érectile, pour améliorer la masse musculaire, pour perdre du poids.

Des contrefaçons ont déjà été retrouvées dans des pharmacies aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Mais les officines françaises, elles, ont été épargnées jusqu'ici. En France, le système est très contrôlé. "De la fabrication jusqu'à la délivrance du médicament au malade, ce sont des pharmaciens qui interviennent, explique Jean-Luc Delmas. Ces professionnels de santé engagent leur responsabilité."

          La France, est-elle réellement protégée ?          

                             

Chacun peut finalement se procurer librement sur Internet des médicaments, même vendus sur prescription. Or, sur la Toile, un médicament sur deux est une contrefaçon, avec tous les risques que cela comporte.

L'Afssaps a d'ailleurs réalisé des analyses sur des médicaments vendus sur Internet. "On a trouvé des produits qui contenaient de la sibutramine, alors que ce n'était pas marqué sur le conditionnement, commente Stéphane Lange. Cela les rendait très dangereux, car il s'agit d'un anorexigène central qui est un coupe-faim très puissant. Il y a même eu, il y a un an, un décès en Seine-Saint-Denis avec un produit comme celui-là."

Ces dangers sont également valables pour les génériques et la phytothérapie. "J'ai eu une cliente qui m'a apporté des plantes laxatives achetées sur Internet, raconte Christophe Blin, pharmacien à Vineuil-Saint-Firmin, dans l'Oise. Elles paraissaient anodines, mais, à l'intérieur, il y avait quatre ou cinq laxatifs qui pouvaient provoquer des inflammations importantes." La meilleure manière de se protéger face à ce trafic grandissant, c'est encore d'acheter ses médicaments en pharmacie.

          Un projet officiel de cyber pharmacie          

                             

"Des remèdes contre l'impuissance" : le titre de ce spam est assez explicite. Il renvoie vers un blog où un homme vous accueille en blouse blanche. Ce supposé pharmacien vous vend, en tête, Viagra® et Cialis®, des médicaments contre les troubles de l'érection. Mais aussi des antidépresseurs, des antidiabétiques... et bien sûr des antiviraux contre la grippe A.

Les messageries électroniques des internautes regorgent de ce type de courriels. Même si la vente de médicaments sur Internet est interdite en France, des patients se laissent tenter : la démarche paraît facile et permet de contourner la prescription du médecin. Quid du prix ? "Nous avons pu observer qu'ils étaient souvent vendus entre 20 et 30 % moins cher, indique Christine Huber, de Sanofi-Aventis. C'est un peu moins cher mais pas excessivement, sinon les produits deviennent suspects aux yeux des clients."

Acheter sur Internet fait pourtant courir plusieurs risques. D'abord, celui de n'être pas bien informé des contre-indications et des interactions médicamenteuses possibles. Ensuite, il n'est pas facile de reconnaître une e-pharmacie légale, comme il en existe notamment aux Etats-Unis, d'un site complètement illégal truffé de produits frauduleux.

En France, les autorités sanitaires réfléchissent à un projet de cyber pharmacie.
Il pourrait s'agir d'un portail hébergé par l'Ordre des pharmaciens qui renverrait vers les sites d'officines. Le patient pourra-t-il seulement réserver ses médicaments ou sera-t-il autorisé à les commander ? "Nous sommes défavorables à l'expédition des commandes, déclare en tout cas Jean-Luc Delmas, membre du bureau de l'Ordre. Ce qui est dangereux, c'est la coupure entre le malade et le professionnel de santé."

          Arrestations et saisies de médicaments en France          

                             

Psychotropes, anabolisants stéroïdiens, anxiolytiques : de nombreux médicaments contrefaits ont été saisis en France à la suite de l'opération Pangea II, menée du 13 au 20 novembre 2009. Elle a donné lieu à plusieurs arrestations, notamment à Toulouse, Saint-Etienne et en région parisienne. Au total, 125 sites illégaux de vente de médicaments, dont 20 rattachés à la France, ont été identifiés.

C'est la deuxième opération internationale de ce genre coordonnée par Interpol et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Pangea II a ainsi mobilisé 24 pays durant une semaine. Objectif : lutter contre les réseaux de vente illicite de médicaments sur Internet.

En France, Pangea II a été conduite par l'Oclaesp, l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, en partenariat avec l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), la police, la gendarmerie et les douanes.

SOURCE : http://www.vaubanhumanis.com/particuliers/contrefacon-de-medicaments